16 août 2009

Guerre et paix en Europe

L'immense salle résonnait de murmures, de cliquètements, de froissements d'étoffes et de toute l'activité des laquais qui se démenaient pour finir de mettre en place les drapeaux et blasons des belligérants. Les deux délégations, séparées par le long tapis rouge menant des vastes portes d'entrée au trône improvisé se regardaient en chien de faïence. Chacun s'attendait à ce que la paix soit conclue rapidement mais préférait continuer à cultiver son animosité quelques minutes encore, juste au cas où. Il y avait là les personnages les plus puissants d'Europe, les plus nobles lignages.

 

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Charles V attendait, auguste, assis bien droit sur le trône, toisant l'assemblée comme le maître observe un groupe d'enfants turbulents. Enfin, le responsable du protocole fit signe au monarque, qui se dressa de toute sa hauteur. Il avait fière allure dans son costume de satin noir, une épée à pommeau d'argent pendant au côté. Le silence se fit instantanément. L'empereur descendit une marche et, regardant devant lui à hauteur d'homme, main à demi-dressée en un geste d'accueil, il commença d'une voix forte:

« Moi, Charles V, Empereur du Saint-Empire Romain Germanique et Archiduc d'Autriche, suis très heureux que vous ayez accepté cette rencontre. Cela prouve votre sagesse et donne à nos États des raisons d'espérer. »

Regardant toujours devant lui, il poursuivit:

« Cette guerre qui s'éternise depuis maintenant cinq ans a vu nos armées s'affronter tant en Italie qu'aux Pays-Bas et sur toutes les mers bordant l'Europe. Des milliers d'hommes sont morts de part et d'autre, nos peuples comme nos finances sont épuisés par le conflit. Et voici qu'à présent la France se fait menaçante, s'alliant avec l'infidèle pour nous nuire à tous deux. N'oublions pas non plus la vermine hérétique qui se développe comme le chiendent sur mes terres et menace la très sainte Église Catholique, à laquelle vous êtes, je le sais, aussi attaché que moi. »

Dans l'assemblée, on se signa et murmura des prières.

« Notre responsabilité est, aujourd'hui, d'arriver à un compromis. J'ai une proposition à vous faire. Elle me semble assez généreuse pour emporter votre accord et ramener la paix.

Bien que nous ne nous soyons évidemment jamais directement mesurés sur le champ de bataille, nous avons conduit nos armées respectives à travers bien des victoires et des défaites, le sort des armes demeurant encore à ce jour incertain. Pourtant, si votre flotte a clairement réussi à nous interdire les mers, nous occupons l'ensemble des Pays-Bas. Il semble vain pour chacun de nous d'espérer remporter des succès significatifs au coeur du royaume de l'autre, ce qui nous place dans une impasse désastreuse. »

Il fit une courte pause afin que chacun puisse s'imprégner du côté dramatique de ses propos. Il laissa courir son regard dans la foule puis le dirigea à nouveau devant lui, à hauteur d'homme.

« Voici donc ma proposition : en échange de la cession de la province de Zeeland, je vous offre la cessation immédiate des hostilités et le retrait de mes troupes de tout le reste des Pays-Bas dont vous demeurerez le souverain légitime. »

Il se pencha légèrement en avant, écartant les mains en un geste d'invite.

« Êtes-vous prêt à accepter ces termes? »

Sur ces mots, il se redressa et attendit. Des laquais accoururent. Les premiers, portant des costumes aux armes du Saint-Empire le défirent de son manteau et de son chapeau. Les suivants, portant blason de la cour d'Espagne le revêtirent d'une rutilante armure noir et or. Cela fait, tous s'éclipsèrent. Dans un silence sépulcral, chacun retenant son souffle, il fit quatre pas en avant, se retourna pour faire face au trône désormais vide et repris, toujours de la même voix de stentor :

 

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« Moi, Charles Premier d'Espagne, vous remercie d'avoir organisé cette conférence de paix et reconnais de bonne grâce la clairvoyance de votre analyse. Je consens à vous céder ma province de Zeeland afin qu'elle devienne partie intégrante de votre empire. Puisse cette paix me permettre de mettre fin aux ambitions françaises et à la piraterie des barbaresques et vous permettre, de votre côté, d'écraser enfin l'infidèle Soliman. Je suggère que nous scellions cet accord sans délais sous les auspices d'un témoin neutre que nous respectons tous deux... »

Il se retourna à moitié, tendant la main vers les portes d'entrée.

« ... Charles IV, Roi de Sicile ! »

Aussitôt, les laquais aux armes d'Espagne accoururent, suivis de près par ceux portant les couleurs de Sicile...

Posté par Nil-the-Frogg à 17:59 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Guerre et paix en Europe

  • Notes au sujet du texte

    Cette histoire a été écrite dans le cadre d'un exercice organisé sur un forum. L'objectif était d'écrire jusqu'à trois pages sur un thème fixé. Le thème pour cette session était "une conférence de paix". L'exercice était sur un forum anglophone, mais a été écrit d'abord en Français. Pour information, Charles V, né en 1500, régna effectivement simultannément sur le Saint-Empire Romain Germanique, sur l'Autriche, sur l'Espagne et sur la Sicile sous différents noms. Il fut pendant la majeure partie de sa vie l'ennemi acharné de François Ier.

    Posté par Nil-the-Frogg, 16 août 2009 à 18:04 | | Répondre
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